Activités d'hier

 



L’EAU

Les moulins et scieries

Très tôt, l’homme a su freiner la course frénétique des torrents vers le fond de vallée, pour la transformer en énergie mécanique ; ainsi, dans cette vallée où les torrents courent sur tous les versants, plusieurs moulins et scieries ont vu le jour.
Il est difficile de dater exactement les premières constructions de moulin, mais, selon monsieur Grassou Ané (ancien meunier à Estoéou), elles remonteraient aux années 1300. Une chose est sûre, au moment de la Révolution française, le Biros en comptait au moins cinq : Sentein, Bonac-Marbré, Espéris, Le Pont et Estoéou. Il faudra attendre 1847 pour que celui d’Irazein soit construit. Ils étaient généralement bâtis à cheval ou sur le bord des ruisseaux. Un canal déviait au moins une partie de l’eau sur une roue à caissons en bois, dont l’axe, vertical, était directement en prise avec une des deux meules, l’autre étant fixe (on l’appelait la « dormeuse »). Les graines de céréales (maïs, seigle, blé, blé noir) étaient plongées au centre des deux meules, et, par la force centrifuge, entraînées vers l’extérieur tout en étant broyées. On récupérait ainsi une farine grossière, rarement tamisée, donnant du pain ou des galettes très sombres.
La plupart des moulins fonctionnaient avec le système de mouture à façon, c’est-à-dire que l’on apportait son propre blé et repartait avec l’équivalent en farine, moyennant 10 % du volume de grain apporté, que l’on donnait au meunier.
En 1995, un moulin hydraulique a été restauré, ou plutôt reconstruit, à Irazein, avec une roue à axe horizontal, dont le rendement est largement meilleur. Aujourd’hui toujours en fonctionnement, il est possible d’y apporter son grain, à condition toutefois que celui-ci soit issu de l’agriculture biologique.

Les scieries, elles aussi construites à cheval ou proches des torrents, utilisaient la force du courant, canalisé, pour entraîner un système de scie. Une lame circulaire ou linéaire permettait de faire des poutres ou des planches grossières. Avec les mines, au moins trois exploitations de sciage existaient : une à la passerelle des Pladirous, le long de l’Orle, une à Sentein et l’autre à Bonac. Plus tard, une autre scierie fut construite sur un replat peu après la bifurcation pour la chapelle de l’Isard sur le chemin qui mène à l’étang d’Araing, mais celle-ci avec un moteur diesel, dont les pièces détachées avaient été transportées par câbles.

Les thermes
S’il paraît que l’eau ferrugineuse et arsenicale du Pradeau à Sentein a été connue dès l’Antiquité, elle fut officiellement découverte en 1851, et l’autorisation ministérielle d’exploiter les sources après analyses, décrétée en 1854.
L’activité de cures commence alors en même temps que des travaux pour améliorer le débit de l’eau. Des « baigneurs à gages » sont embauchés pour les bains chauds, créant ainsi quelques emplois dans la vallée, à cette époque surpeuplée. 
Les eaux, déclarées d’utilité publique, sont comparées avec celles d’Orezza, en Corse, et nommées « eaux minérales, naturelles, arsenicales, ferrugineuses ».
Selon le rapport du docteur Pagès, l’eau de Sentein est tonique, diurétique, apéritive et laxative. Elle excite l’appétit, active la digestion et « facilite la garde-robe ». Mais ses bienfaits ne s’arrêtent pas là, elle se trouve aussi souveraine pour bon nombre de maladies : anémie, leucorrhée, débilité d’estomac, maladie urinaire, etc.

Malgré les qualités « incroyables » des eaux de la source du Pradeau, à laquelle viennent s’ajouter les eaux chargées en chaux et potasse du ruisseau de Quoué, et la boue ferrugineuse aux effets tout aussi notoires, les premières années d’exploitation sont bien calmes. En 1862, le propriétaire se plaint de n’avoir eu qu’une cinquantaine de bains et une quinzaine de vraies cures thermales. Dix ans plus tard, une centaine de baigneurs fréquentent les thermes, mais, la plupart du temps, ils ne viennent pas de loin, et laissent entendre que les installations sont en mauvais état. En fait, pour tout dire, le Pradeau ne connaîtra jamais une grosse fréquentation, même si un moment on pouvait lire sur les cartes postales du village : « Sentein-les-Bains »
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette faible fréquentation : tout d’abord la concurrence d’autres thermes, comme Luchon, Ax-les-Thermes, Audinac, etc., mais aussi une publicité mal assurée, et sûrement un accès long et très inconfortable pour ce genre de clientèle. Au début de l’exploitation, seul un char à bancs relie quotidiennement Sentein à Saint-Girons.

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Il eut quand même le temps de produire les étiquettes pour cette future commercialisation.
Le Pradeau ferme ses portes en 1960, il est vendu à la Caisse régionale d’assurances maladie de la région parisienne, qui transforme les thermes en colonie de vacances pour son personnel. Dans les années 1980, les propriétaires ont changé, et depuis le bâtiment accueille des groupes plus régionaux.

L’hydroélectricité

Pas besoin d’être un grand observateur pour remarquer la richesse en eau du Biros
Certains la maudissent, lorsqu’il en tombe trop, comme lors de l’été « pourri » de 2002 ; d’autres la bénissent, quand elle apporte un peu de fraîcheur, comme lors de l’été 2003. En plus de l’eau de pluie, la vallée est riche en réservoirs hydriques, comme les lacs, permettant de stocker l’eau. Autant de facteurs qui amenèrent Aristide Bergès (enfant du pays) à parler de l’eau comme d’une « houille blanche », et de son fabuleux potentiel d’énergie motrice.
Une étude approfondie sur le haut réservoir du Lez et le cirque d’Araing, dirigée par l’UPE (ex-EDF), a abouti à un projet comprenant :
- la construction de la centrale électrique d’Eylie ;
- la création de la grande déviation d’eau du cirque du Lez ;
- la construction du barrage d’Araing.

Les travaux commencent en 1931 et emploient des mineurs, confrontés, à cette période, au chômage, et utilisent les infrastructures minières, comme les câbles pour transporter le matériels, et les bâtiments pour loger le personnel.
Ces travaux dureront dix ans, mais, dès 1935, la centrale d’Eylie est en service.

La centrale hydroélectrique d’Eylie

Implantée à Eylie, à 870 m d’altitude, la centrale est équipée d’un matériel allemand, fourni au titre de dommage de guerre (1914-1918). Trois groupes de générateurs et turbines Pelton de 13 000 ch chacun transformant les eaux du Lez et du lac d’Araing, après une chute d’environ 1 040 m, en 30 000 kW.

Au moment de la construction, cette chute d’eau est la plus haute de France, celle du Portillon n’étant construite qu’en 1940.

Les dimensions des portes ou la hauteur des plafonds peuvent paraître complètement disproportionnées, mais sont nécessaires pour la manutention du matériel, dont certaines pièces atteignent plusieurs tonnes.

En 1972, l’usine a été modernisée, entièrement automatisée, pour être télécommandée depuis la centrale des Bordes-sur-Lez.
En 2002, soixante-sept ans après la mise en service de la centrale, les turbines, érodées par la puissance de l’eau, sont changées, et le système électronique d’utilisation remanié.

L’alimentation de la centrale est réalisée par une canalisation à flanc de montagne pour sa moitié inférieure et sur une arête aiguë pour sa moitié supérieure.

Cette canalisation, appelée aussi « conduite forcée », est réduite par son diamètre d’amont en aval, ce qui permet d’augmenter la pression pour atteindre 104 kg au centimètre carré sur les turbines.
Une « cheminée d’équilibre », sans laquelle la conduite exploserait, est reliée à la canalisation, et permet d’étaler et d’amortir les fluctuations d’eau dans la galerie d’amenée ainsi que dans la conduite forcée.

Un « canal d’amenée », ou « en charge », relie la cheminée d’équilibre à l’étang d’Araing par une conduite souterraine entièrement creusée dans le rocher, longue de 3 800 mètres. Ce canal est dit « en charge » car il est sous la charge d’eau du lac, qui atteint 43 mètres. Ainsi, le niveau d’eau dans la cheminée atteint la même altitude que celle du lac.

L’étang d’Araing est la pièce maîtresse de tout cet aménagement, cet immense réservoir, d’environ neuf millions de mètres cubes, permet à l’usine de produire de l’énergie au gré des besoins. De plus, en lâchant de l’eau, les cours d’eau peuvent être régulés, évitant ainsi les graves répercussions que peuvent avoir certaines sécheresses. Cependant, des lâchers trop réguliers asphyxient la microflore aquatique et sont donc néfastes pour l’environnement. 

Un « canal collecteur » capte les eaux des divers torrents, dont certains sont en dessous du niveau du lac, et les achemine au « pompage de Chichoué ». C’est une station qui comprend deux pompes entièrement automatiques, qui entrent en action dès que les eaux de |l’étang d’Araing] atteignent la cote 1 905, pour refouler dans celui-ci une partie des apports du bassin du Lez supérieur.

La centrale électrique des Bordes-sur-Lez vient compléter ce vaste complexe hydroélectrique, en recevant les eaux du bassin d’Orle, du Ribérot et le cours du Lez, qui est retenu par une digue à Bonac.

Avec ces grands travaux, EDF a pris le relais des exploitations minières, fournissant un emploi à bon nombre d’ouvriers paysans, sans lequel ils auraient sûrement quitté le Biros. De plus, les études hydrologique des bassins versants ont provoqué l’exploration de la grotte de la Cigalère et la découverte du gouffre Martel. Sans ces études, il est probable que ces sites ne seraient pas aussi connus aujourd’hui.

LA TERRE

L’agriculture

Les siècles derniers, dans une économie presque essentiellement de subsistance, les Biroussans ont cultivé le plus de terre possible. Un travail rude, qui contribuait à les nourrir ou les habiller, et dont le randonneur d’aujourd’hui n’apercevra que les vestiges…

Ici, la vie agricole est peut-être encore plus pénible qu’ailleurs, les pentes sont raides et le climat montagnard exigeant.
La soulane est, pour une raison d’orientation évidente, le seul versant cultivé, la pente y est aussi souvent moins forte. Dans les pentes pas trop prononcées, pour faire face à la descente de la terre, les hommes ont bâti de simples talus, rarement supérieurs à un mètre, rehaussant ainsi le bas de la parcelle. Dans le cas de pentes plus fortes, ils bâtissaient de véritables murettes de pierres sèches, encore appelées « bancals ». La taille de certaines roches montre que ces travaux étaient généralement réalisés à plusieurs.
Sur la photo noir et blanc page suivante, on remarquera les différences de ton induites par les variétés de cultures.
Pour la nourriture des hommes et des bêtes, ou encore pour couvrir les toits, on plantait du seigle, du maïs, du blé ou du blé noir. Pour la confection des vêtement, du lin et du chanvre.
Plus près des villages, on trouvait plutôt des potagers, avec les légumes courants et les arbres fruitiers (pommiers, pruniers, pêchers à Irazein, cognassiers, etc.).
Sur les parcelles étroites, on alternait tous les deux ans les céréales comme le blé ou le seigle avec le maïs ou, plus tardivement, la pomme de terre (seulement vers la fin du XIXe siècle). Le fumier, abondant avec l’élevage, évitait la mise en jachère des terres.
Sur les champs les plus raides, on laissait pousser l’herbe, pour la couper et la laisser sécher en juillet-août, c’est le foin qui permettait de nourrir les animaux à la mauvaise saison.

Les conséquences de l’exode rural sont flagrantes, et beaucoup se retourneraient dans leur tombe s’ils voyaient la surface cultivable ainsi abandonnée et envahie par la forêt…

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Le marbre

C’est une roche issue de la métamorphisation d’un calcaire, qui, une fois sculpté et poli, est largement utilisé dans les arts.

En 1867, une carrière est exploitée au-dessus de Balacet, vers 1 000 m d’altitude, mais l’exploitation va se déplacer vers Uchentein, à 1 200 m, où la carrière sera définitivement installée au début du XXe siècle.

À l’aide d’un câble hélicoïdal, on sciait deux côtés de blocs rocheux. Dans ces blocs, on perçait une série de trous bien alignés, dans lesquels on introduisait des coins en métal, que l’on enfonçait à coups de masse. Dans l’alignement des trous, la roche se fendait, détachant ainsi un bloc pouvant atteindre plusieurs tonnes. Ces énormes masses étaient ensuite descendues le long d’un chemin très raide, aidées par un treuil à fort pouvoir de freinage.

Jusqu’à trente personnes travaillèrent dans cette carrière, dont le marbre, de couleur verte ou mauve, fut utilisé notamment au Rockefeller Center, à New York, ou encore à Tokyo, dans l’hôtel Otiaki, où il constitue le revêtement du rez-de-chaussée du grand palace.

En 1976, près de cent ans après les premières exploitations, la carrière est fermée. Aujourd’hui, on voit encore très bien l’exploitation en gradins, ainsi que le câble qui servait au sciage et le bâtiment qui abritait les ouvriers.

Les minerais

Cette fabuleuse richesse du sous-sol est restée longtemps ignorée des hommes de la vallée, mais, il y a environ cent cinquante ans, elle changea radicalement leur vie, et l’économie de la vallée se tourna alors essentiellement vers les minerais.

EXPLOITATION MINIERE :

On peut différencier deux types d’exploitation :
- la plus importante travaillait à l’extraction de la blende et la galène. Deux minerais qui subissaient des traitements avant d’être exportés ;
- l’autre exploitation était celle du cuivre, vendu sans aucun traitement.

HISTORIQUE

C’est en 1839 qu’eurent lieu les premières fouilles, qui aboutirent un an plus tard à une série de cartes signalant à peu près tous les gisements connus aujourd’hui.

Après de nombreuses rivalités et lenteurs administratives, les premiers travaux d’exploitation commencent, en 1853, sous la direction d’une société exploitante à capitaux bordelais. Très vite, la montagne s’anime, un village est construit vers 2 000 m d’altitude, puis une piste qui le relie au cirque de La Plagne et enfin une laverie du minerai : c’est le Bocard. Son nom vient de l’appareil qui servait à broyer le minerai.
Le Biros bouge, on va voir le chemin muletier, qui rallie Saint-Girons, s’agrandir pour le transport du minerai, et peu à peu certains Biroussans deviennent « ouvriers paysans ».

En 1858, apparaissent déjà les premiers conflits sociaux. Des accidents à répétition et une mauvaise nourriture entraînent des mouvements collectifs, et les ouvriers délaissent en masse leur poste de travail. Beaucoup seraient partis sur des chantiers de chemin de fer au nord de l’Espagne. Il faut savoir qu’à cette époque les grèves et coalitions ouvrières sont interdites. La gendarmerie sera donc saisie et mènera une enquête.

En 1861, bien que le conflit social soit réglé, des difficultés économiques entraînent la mise en arrêt d’activité des mines, et les ouvriers se retrouvent en masse au chômage.

En 1862, la société Kaulek, dirigée par un capitaliste parisien, rachète et rouvre les mines. Les activités reprennent avec un nouveau système de descente du minerai : un plan incliné hydraulique traverse le fond du cirque de La Plagne, avec un bassin de réception à l’arrivée. Peu de temps après, un petit train est installé entre le bassin et le Bocard.
À partir de 1866, le plan incliné va disparaître, au profit d’une machinerie plus moderne : le câble.
Le minerai est transporté à Saint-Girons par chariots, puis chargé dans les wagons via un quai des mines à la gare de la ville. C’est à cette même époque que sont créées les mines de Montolíou et Uretz, dont le minerai est descendu par mulets.

Le 15 août 1870, la défaite contre la Prusse, la crise politique et la rupture des communications avec le Nord entraînent une nouvelle fermeture des mines ; pendant huit ans, le Bentaillou ne fonctionnera pratiquement plus, et le chemin Sentein-Castillon se détériorera, notamment lors de crues mémorables.

En 1878, les mines sont vendues à une société anglaise et deviennent Sentein Mining Company Limited. L’exploitation reprend avec quelques difficultés jusqu’à ce que le chemin soit remis en état, en 1881.
L’exploitation redevenue régulière, les nouveaux patrons imposent une réglementation stricte, parfois à contre-courant des traditions paysannes. Le travail à la journée est remplacé par une embauche mensuelle, et les absences pour travaux agricoles ne sont possibles que sur autorisation.
Les horaires vont de 6 heures à 18 heures pour l’équipe de jour et inversement pour l’équipe de nuit. Pendant ces douze heures de travail, seule une heure trente est octroyée pour le repas et le repos.

En 1893, après des années de recherches, les mines de la mail de Bulard sont construites, à 2 500 m d’altitude, en pleine face est. 
La concession produit du minerai, qui est dirigé par petits trains et téléphérique, construit au plus vite, vers le Bocard.
L’accès final aux bâtiments, très aérien, sera la cause de nombreux accidents mortels et d’une sinistre réputation de « mangeuse d’hommes » pour la mine.

Quelques années plus tard, une compagnie différente met en exploitation la mine du Fourcaye, derrière le port d’Orle, entraînant une descente du minerai par la vallée d’Orle, et la construction de bureaux près d’un poste de douane, à Lascoux.

1900, l’entrée dans le XXe siècle sera marquée par les améliorations de descente du minerai, notamment grâce aux « câbles modernes ». En 1904, on installe le câble Bocard-Rouge-Bentaillou. Idem en 1902 pour la mine de Bulard, inaugurée en grande pompe par l’évêque de Pamiers. On installe aussi des câbles entre La Plagne et le Bocard, dans le val d’Uretz.

Dans la vallée d’Orle, de nouvelles mines sont ouvertes, à Flouquet, Grauillès et Bularic. Elles appartiennent à la Société des mines de Montolíou. L’exploitation des pentes du Fourcaye l’amène à construire des petites voies ferrées de 0,60 m de large chez le voisin espagnol et entre les abords de Hounta et la crête dominant la basse vallée d’Orle. Le minerai, transporté par un plan incliné puis un câble et un petit train, est traité dans une laverie installée en 1904 au bord de la route Lascoux-Biac.
À cette altitude, le travail est extrêmement difficile, et aujourd’hui, alors qu’on peut voir ces minivoies ferrées traverser la montagne, il est difficile d’imaginer le nombre de personnes et d’animaux que demandait une telle installation.

En 1904, environ 400 ouvriers travaillent aux mines de Sentein et touchent un salaire quotidien équivalent à 45 euros d’aujourd’hui.
Cependant, les rapports avec la municipalité ne sont pas très bons. Les différends portent sur le danger que représente le transport du minerai sur la route et sur les nouveaux câbles, après plusieurs accidents sur la voie publique. À cela s’ajoute l’embauche de 34 Italiens et 40 Basques espagnols, qui envenimera encore un peu plus les relations…

En 1906, plusieurs siècles après les premières exploitations romaines et plus de vingt ans après les premières fouilles, les mines d’Irazein sont enfin en activité. Ici aussi, ce sont les mines qui entraînent la construction d’une route jusqu’au village, et, en 1907, le minerai descend jusqu’à Bonac en charroi.
Vous l’aurez compris, au début de ce siècle, le Biros est une vallée essentiellement minière, et Sainte Barbe, la patronne des mineurs, devient le saint le plus prié de la vallée.

En 1908, la société est en liquidation et remplacée par le Syndicat minier de Sentein. Mais, quatre ans plus tard, il est lui aussi en cessation de paiements, et remplacé par la Société françaises des mines de Sentein, qui restera propriétaire de la concession jusqu’en 1990. 

En 1913, apparaît le tramway électrique reliant Sentein à Saint-Girons. Le minerai était donc descendu du Bocard à Sentein par des wagonnets le long de la route, où il était chargé dans les wagons du tramway, à la gare, située à l’entrée du village.

Avec la guerre en 1914, la production de minerai augmente autant que le prix de vente, et, en 1916, 3 900 tonnes de minerai ont été transportées par le tramway.
Pour compenser le départ des hommes, qui vont rejoindre les armées du Nord, on fait appel à des étrangers (Espagnols, Italiens) et les femmes travaillent davantage au lavage et à la concentration du minerai.
La fin de la guerre provoque la fermeture des mines d’|Irazein], du port d’Uretz et de la vallée d’Orle, mais le Bentaillou est encore en pleine activité.

Au cours de la guerre 1914-1918, certains mineurs ont rencontré des syndicalistes des mines du Nord, et reviennent avec quelques convictions.
Entre 1921 et 1923, des mouvements partiels de grève ont lieu, et, en 1924, un syndicat est fondé, et une grève presque unanime aboutit à une hausse des salaires après deux mois d’arrêt des activités.
En 1926, un très long conflit, à l’appel de la CGTU, qui veut un combat exemplaire, paralyse l’exploitation pendant cinq mois. L’activité reprendra sans les meneurs, et sans hausse des salaires, mais les ouvriers n’ont plus le choix, le travail à la mine est indispensable pour nourrir leurs familles, et la faim aura raison du combat syndical…
Ce nouvel « équilibre », si l’on peut dire, ne sera que de courte durée, car, en 1927, le cours du plomb et du zinc baisse, et à l’automne la société cesse ses activités d’extraction, pas fâchée de rompre les rapports professionnels avec une population guère docile…

En 1925, de nouvelles fouilles sont entreprises, sans résultat, tout comme en 1933, où là aussi le projet avorte, et on croit de moins en moins aux promesses d’un prétendu filon. La vallée se tourne alors vers les grands chantiers hydroélectriques, qui utilisent un temps les infrastructures des mines.

En 1941, lorsque la Seconde Guerre mondiale bat son plein, les besoins en plomb et en zinc entraînent la réouverture des mines par l’Union minière des Pyrénées (UMP). Une grande cérémonie est organisée, sous les drapeaux tricolores, et le regard emblématique de Pétain, dont le portrait est fixé sur les murs de la laverie du Bocard. Ce sera le dernier souffle de cette grande industrie. En effet, une fois la guerre terminée, une nouvelle chute des cours du plomb et du zinc va plonger le Biros dans une nouvelle phase difficile.
L’UMP ferme les mines du Bentaillou en 1955, ne procédant qu’à des recherches qui seront définitivement abandonnées en 1957, et le site, complètement délaissé.


LE TRANSPORT DU MINERAI

Pour ce sujet, je me concentrerai sur les mines du Bentaillou et la laverie du Bocard.

Dès sa sortie des galeries, le minerai devait être transporté à la laverie du Bocard. Au début de l’exploitation, ce transport se faisait sur des chariots attelés à des chevaux, et empruntait la piste longue de douze kilomètres qui relie le Bentaillou au Bocard.

En 1862, c’est un plan incliné hydraulique qui transporte le minerai jusqu’au cirque de La Plagne, à partir duquel des wagonnets rallient la laverie du Bocard.

Le premier câble ariégeois relie Bentaillou-Rouge au cirque de La Plagne, nous sommes en 1879.
Entre le site d’extraction et le cirque, le dénivelé est de neuf cents mètres pour trois kilomètres de distance.
Pour permettre le transport, ce câble a été divisé en cinq étages. Au premier, le minerai était chargé, puis, à chaque station intermédiaire, on déchargeait les bennes, qui pouvaient atteindre 600 kg, pour recharger celles de l’étage inférieur. Chaque étage était muni d’un câble de 45 mm de diamètre et de 500 m de long qui tournait autour de deux roues de 1,70 m de diamètre. Arrivé au cirque, le minerai était déposé dans des chariots pour être acheminé au Bocard.

En 1900, ce câble est remplacé par un câble continu, qui relie directement le site d’extraction à la laverie du Bocard. Quarante pylônes en bois ont été nécessaires pour soutenir ce câble, qui transportait 36 wagonnets.

En 1906, un nouveau câble, dit « monocâble Etcheverry », le remplace, soutenu cette fois-ci par des pylônes métalliques (encore présents aujourd’hui), dont le nombre fut réduit de moitié.


LE TRAITEMENT DES MINERAIS DANS LA LAVERIE DU BOCARD

Triage à la main : ce travail consistant à séparer les morceaux « stériles » des morceaux de minerai était généralement effectué par les femmes dès la sortie de la mine. Par la suite, ce travail se fit directement à la laverie.

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Lavage : c’est un procédé qui utilise la propriété qu’ont les grains de différente densité de se classer eux-mêmes.
Les appareils utilisés étaient des bacs à pistons, tables de secousses et tables rondes, dont quelques-uns sont encore sur le site.
Flottaison : ce procédé est basé sur des réactions chimiques : les sulfures flottent et se lient à une mousse dans un bac séparé par écumage. Certains produits chimiques aident ce processus :
- les moussants : ils produisent une écume abondante et stable ;
- les collecteurs : ils favorisent l’attachement des particules aux bulles d’air ;
- les dépresseurs : ils empêchent certains minéraux de flotter.

Les mousses évacuées sont filtrées sous vide et forment le « gâteau », composé des minerais utiles.


Milieu dense : cette technique était directement utilisée dans les mines et permettait d’éliminer sur place une partie de la matière stérile. Elle est basée sur le principe d’Archimède : procédé de séparation des mélanges des particules solides, fondé sur les différences de densité dans un milieu liquide.

À la suite de tous ces procédés, un « minerai concentré » est obtenu. Quels sont alors ses dérivés ?

De la blende, on obtient le zinc, utilisé dans le bâtiment pour la couverture ou pour la confection d’alliages (laiton, Zamac).

De la galène, on obtient soit le plomb (tuyaux, soudures, industries automobiles, etc.). Ce métal extrêmement nocif est aujourd’hui très peu utilisé. Soit l’argent, extrait du plomb argentifère, il a été utilisé aussi bien comme monnaie d’échange, dans l’orfèvrerie que dans les industries électriques ou électroniques.


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LA PRODUCTION D’ENERGIE

Pour faire fonctionner toutes les installations de la laverie du Bocard ainsi que l’éclairage, l’énergie devait être produite sur place. Dans un premier temps, cette énergie aurait été produite par la force hydraulique, entraînant un système de courroies et de roues. Plus tard, un moteur thermique et une turbine hydroélectrique ont été installés.
Une chute d’eau de plus de cent mètres alimentait la roue à aubes de marque Pelton, produisant une énergie d’environ 100 ch. L’eau de restitution était ensuite utilisée pour le traitement des minerais dans les différents équipements de l’usine.

LA MINE DE CUIVRE D’IRAZEIN

Découvert paraît-il par les Romains, le filon de cuivre d’Irazein est véritablement exploité à partir de 1906. Vingt ans après les premières fouilles, qui n’avaient alors rien donné. De 1906 à 1914, puis en 1920 et 1921, furent extraites environs 217 tonnes de minerai.

Le minerai était directement trié à la sortie des mines, puis, chargé sur le dos de mulets, il était descendu jusqu’à Irazein, où il était déposé sur des chariots puis transporté à Bonac par une route, elle aussi créée pour les besoins de la mine.

L’entrée est située à 600 m au nord du village et à 1 100 m d’altitude, on aperçoit d’ailleurs très bien les terrils d’extraction.

Son dérivé : le cuivre.

Déjà très prisé par les Romains, ce métal a aujourd’hui une réelle utilité dans les domaines électrique et électronique pour sa grande conductivité. Il est aussi utilisé pour la confection d’alliages, comme le laiton, où il est mélangé au zinc, et le bronze, où il est mélangé à l’étain.

LES MINES AUJOURD’HUI
Les galeries des mines d’Irazein sont pour la plupart en mauvais état, et les parcourir demande une attention extrême, mais on peut s’arrêter à l’entrée, d’où le paysage est magnifique.
Les galeries du Bentaillou ont été sécurisées durant l’été 2002 par des grilles ou le minage de leur entrée. Une barrière plus ou moins dissuasive entoure la laverie du Bocard, dont les toits partent en lambeaux.
Un projet la concernant est depuis à l’étude, et j’ai récemment appris de source sûre que le projet d’un écomusée serait en bonne voie et commencerait par un nettoyage et une sécurisation du site en vue de le faire visiter. Ce projet serait financé de 70 à 80 % par l’Europe, la région et le conseil régional, et à hauteur de 20 % par le communauté de communes et la commune.

Personnellement, écomusée ou non, je pense que le site aurait dû être nettoyé depuis longtemps. Il faut savoir que ce site est classé parmi les plus pollués de France, et chaque crue du Lez entraîne sa dose de poisons mortels…

LA FORET :

L’EXPLOITATION FORESTIERE

Les arbres, sapins, hêtres, frênes, etc., ont été de tout temps exploités, que ce soit pour la construction des granges et des maisons, des outils agricoles ou ustensiles de cuisine, l’étayage des mines, la fabrication de papier ou tout simplement pour le bois de chauffage.
Cette exploitation proche des habitations et des mines a poussé les forestiers à exploiter les forêts de plus en plus loin, dont l’accès était parfois difficile, comme la sapinière de l’Isard.

C’EST EN 1930 QUE L’EXPLOITATION COMMENCE.

Samson, un bûcheron italien, aidé par plusieurs ouvriers et deux muletiers espagnols, abattait les arbres, et, à l’aide d’un passe-partout (scie à deux personnes), débitait les troncs en segments de un mètre trente pour faciliter la flottaison. 
Le bois était acheminé à dos de mulet jusqu’à la chapelle de l’Isard, où il était précipité dans la forte pente pour atteindre le ruisseau.

La vanne de l’étang d’Araing, dont les eaux étaient retenues par une digue rustique, permettait d’augmenter le volume du torrent, et ainsi le bois était charrié jusqu’à Sentein. Une fois au village, il était stocké sur la place, et les témoins se souviennent qu’il pouvait y en avoir de grandes quantités.

Le bois était ensuite chargé sur le tramway, et acheminé jusqu’à la papeterie de Lédar à Saint-Girons. 


LA SECONDE EXPLOITATION DE LA SAPINIERE (1956-1958)

Comme en 1930, l’abattage du bois se fait à la main, et le transport des troncs, avec les mulets, mais à présent l’acheminement jusqu’à Sentein s’effectue à l’aide d’un câble.

Ce câble, long de cinq kilomètres, reliait la chapelle de l’Isard à la Parade, en passant par le col de Léat. 
Cinq personnes étaient nécessaires à la manutention du câble : deux à la station de départ et deux à la station d’arrivée, le cinquième approchait les troncs, de six mètres de long, pour charger les câbles.

Un second câble fut construit un peu plus tard, il arrivait à Fréchendech, en passant par le col du Playras.

En à peine deux ans, 7 000 m3 seront récoltés et transportés à Saint-Girons pour être transformés en papier.

En 1947, une scierie fut construite tout près de la bifurcation entre le chemin de la sapinière et celui qui monte à l’étang d’Araing. Elle était alimentée par un moteur diesel, dont les pièces détachées avaient été transportées par câble. Elle produisait des traverses de chemin de fer, qui étaient ensuite acheminées, par câble, jusqu’à Fréchendech. Elle sciait aussi des planches, dont certaines furent même exportées en Afrique du Nord.

Aujourd’hui, c’est l’ONF qui gère la forêt domaniale, il exploite une certaine partie des hêtraies, autant pour le papier que pour la menuiserie, et effectue des reboisements sur les coupes ou les chablis.


Même si depuis quelques années l’ONF n’a plus commercialisé de bois, certaines coupes ont tout de même été vendues et attendent d’être exploitées.

L’ELEVAGE

Dans le Biros, l’élevage était, jusqu’à peu, très important, davantage même que dans d’autres vallées, tournées plutôt vers les cultures.
Les bovins, ovins, porcs et volailles étaient élevés pour leur viande, leur laine comme monnaie d’échange ou leur lait, avec lequel on produisait du fromage ou du beurre.
Les mulets, chevaux et ânes étaient utilisés pour le transport, la traction, ou pour être vendus sur les foires dans la vallée ou de l’autre côté de la frontière.
Toutes les bêtes du Biros avaient, dit-on, une excellente réputation. Sûrement grâce aux nombreux pâturages d’altitude qui permettaient de nourrir abondamment le bétail à la belle saison.

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À l’époque où la vallée était surpeuplée, les villages ont dû s’entendre sur la répartition des estives : Balacet et Uchentein, qui n’ont pas beaucoup de terre, devaient aller sur les estives de la vallée d’Orle ; Irazein, à La Plagne et dans la vallée d’Uretz ; Antras, qui de longue date a possédé les pâturages de l’Isard et ceux derrière le col de Nédé, sur le versant de la Bellongue, ceux de Les Trémailles et du Lauech, n’a jamais cherché à s’entendre avec qui que ce soit.

À une certaine période, les troupeaux, trop nombreux, ont même été amenés sur les estives du port de la Hourquette, du Fourcaye et du plat de Béret dans les pays espagnols du val d’Aran et du Pallars.
En échange, du fromage était donné aux paroisses des villages catalans et aranais.

LES QUATRE SAISONS DE L’ELEVEUR

L’été
Comme on l’a dit, la plupart des bêtes étaient en estive et se nourrissaient d’herbes, dont leur préférée n’est autre que le trèfle alpin, ou fausse réglisse, qui donne cette fameuse haleine aux ovins et parfume leurs viandes.
Les troupeaux étaient gardés par plusieurs propriétaires qui se relayaient, ou par un berger fixe.
C’est aussi la saison où on essaie d’engranger (au sens propre du terme) un maximum de foin et de feuillages (frêne) pour assurer la mauvaise saison.
L’automne
Les bêtes rentrent lentement des estives, elles sont soignées et quelques-unes sont vendues sur les foires.

L’hiver
Les ovins, à moins que la neige ne recouvre le sol, sont dehors, alors que les bovins ne sont sortis généralement que pour aller boire.
La paille et le foin, unique nourriture d’hiver, étaient donnés avec parcimonie, et on redoutait les hivers tardifs, où le froid faisait sont retour alors qu’il n’y avait plus de foin. On dit même qu’en période de disette certains paysans donnaient un peu de paille de leur matelas à leurs bêtes !…

Le printemps
Les bêtes suivent la fonte des neiges et remontent sur les estives.
Les vaches montaient dès le mois de mai à la montagne de l’Isard, et stationnaient un moment vers la chapelle, où elles étaient traites pendant quinze jours à trois semaines, le temps de faire le fromage.


DEUX ANECDOTES
En 1793, alors que la France et l’Espagne sont en conflit (on ne sait pas si les estives ont été possibles de l’autre côté de la frontière), les troupes armées françaises s’emparent d’un troupeau de moutons espagnol et le ramènent en France. Quelques jours plus tard, il disparaît, au nez et à la barbe de ces mêmes soldats. Tout porte à croire qu’il a été pris par des montagnards français qui voulaient le rendre à son propriétaire, suivant les vieux traités pyrénéens, qui mettent les bergers et leur bétail « hors guerre ». Mais le troupeau n’est sans doute pas rendu assez vite, et le 3 août les Espagnols tentent à leur tour de s’emparer d’un troupeau français…
Quelques jours plus tard, sous l’ordre des autorités, tous les troupeaux français sont descendus en vallée, et s’entassent sur des prés bien petits…

En 1863, neuf habitants d’Antras forcent la porte de la chapelle de l’Isard et sans scrupule transforment le saint lieu en fromagerie, les produits étant destinés à l’exportation évidemment non contrôlée…

L’ELEVAGE AUJOURD’HUI
De gauche à droite : « Joignou » (du haut des ses 72 ans, c’est un des plus vieux bergers d’Ariège, aujourd’hui à la retraite, il garde un rythme de marche impressionnant) ; Christian Rumeau (berger depuis quelques années dans le secteur Bentaillou-Araing) ; Rose et Daniel (deux néoruraux éleveurs-bergers dans la vallée de Melles).

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, et grâce aux nouveaux arrivants des plaines, le cheptel bovin est en légère augmentation, après avoir connu quelques années très calmes.
Cinq éleveurs vivent à l’année dans le Biros ; réunis en deux groupements pastoraux, ils se partagent quatre estives. On compte 4 000 ovins et 150 bovins, qui pacagent 3 000 hectares.

À noter qu’aucun troupeau n’a fait l’objet d’attaque de l’ours, même s’il nous rend parfois visite, comme lors de l’été 2003.